L ‘univers de Sophie Papiau m’évoque « le voyage fantastique » , ce film des années soixante de Richard Feisher où  l’on nous invite à prendre place à bord du Proteus, un sous -marin miniaturisé     pour une traversée à l’intérieur du corps humain.
Comme revenue de ce périple imaginaire Sophie Papiau  nous en délivre un rapport particulier donnant  forme à ses créations : broderies cellulaires sur  toiles matelassées,  peintures entrelacées de veinages , coupe de coeur ou de cerveau s’étalent sur torchons ou taies d’oreillers.
Récit d’observation microscopique adapté sur du linge de maison , la trame pour une ré interprétation d’objets du quotidien.
Une série d’yeux peints sur des mouchoirs nous fixent et ce n’est pas sans rappeler
ces vers de Théophile Gautier « mais je garde , empreinte adorée une larme sur un papier…d’un oeil qui n’a jamais pleuré ».
Son travail est fait de fils enchevêtrés, d’empreintes d’organes qui soupirent , nous content d’intimes poésies scientifiques sans contradiction avec le romantisme de ces fonds fleuris.
L’animal est aussi observé, un étrange bestiaire peint se déploie sur  des tissus rembourrés , cerveau d’araignée ou de méduse , procession d’escargots .
Tout est concordance sous le titre « mutation douce » d’une de ses exposition où se côtoient des dents difformes en céramique n’appartenant à aucune bouche, des empreintes de mains-coquillages rejetées par aucune mer .
C’est ainsi qu’ après l’observation du corps humain , Sophie Papiau réinvente  celui ci,
scientifique visionnaire jusqu’à nous présenter des fragments d’os non identifiés, l’appréhension d’un monde futur où évolueront des créatures qui ne sont pas encore nées, à moins de s’appuyer sur une fragile réalité.                                                                                                                           Caroline Vaillant 2004